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FRONTLINE

VF • Accès : Monde • Durée : 1h16
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Lutte Afrique Colonialisme inédit en VOD
Documentaire Réalisé par Paul Bernetel, René Vautier (, 1976) Produit par Interaméricaine de Production Cinématographique, UPCB Proposé par Les Mutins de Pangée

L’apartheid, Afrique du Sud, 1976. À l’époque, très peu de films évoquaient ce sujet. Frontline, que nous avons retrouvé dans les archives de René Vautier, constitue donc un témoignage historique très précieux.
"Le film n’a jamais obtenu de visa de diffusion en France. Et là, qu’est-ce que j’apprends ! Qu’on veut offrir le film à Mandela quand il viendra en visite officielle en France. Au nom de quoi ? Au nom de qui ? Au nom des gusses qui l’ont interdit pendant vingt ans ?" René Vautier

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FRONTLINE, par Olivier Bitoun

Le film s’ouvre dans une cour où un homme marche en évoquant la Frontline, cette "première ligne" qui est l’horizon des militants de l’ANC. Toujours en mouvement il parle de l’engagement, de l’espoir d’un peuple, de la promesse de l’égalité des hommes et des femmes, de la lutte nécessaire. La caméra, plantée au centre de la cour, le suit dans un panoramique circulaire tandis qu’il discourt. Nous sommes au centre de ce mouvement et sa voix, sa présence, soutenus par un chœur de chanteurs, nous enveloppe.
Puis d’autres voix interviennent. Celle d’Oliver Tambo, militant de la première heure (il fonde en 1943 avec Nelson Mandela la ligue des jeunes de l’ANC) en exil à Londres depuis 1958 et qui préside l’ANC depuis 1961. Celle de Miriam Makeba, l’héroïne de Come Back Africa, expulsée d’Afrique du Sud à cause de sa participation au film de Rogosin et qui a fait depuis une belle carrière comme chanteuse aux États-Unis. Makeba qui raconte que son peuple a réussi à sauver sa langue et donc son futur. D’autre voix encore qui racontent les brimades, les violences, la ségrégation. Et une voix off qui explique la décolonisation de l’Afrique et ces derniers bastions qui demeurent, comme cette Afrique du Sud où quatre millions de blancs oppriment encore dix-huit millions d’africains. Le films explique par le menu l’histoire et les mécanismes de l’apartheid, présente les tenants de sa politique (dont plusieurs anciens nazis), raconte comment au conseil général de l’ONU ce régime inique se retrouve sauvé par le veto des États-Unis, de la France et de la Grande Bretagne, dénonce la manière dont le gouvernement du Premier ministre John Vorster essaye de crédibiliser son action aux yeux des Nations Unies et se rachète une bonne conduite par quelques gestes symboliques. Frontline recueille une foule de témoignages et de faits afin de démonter point par point cette manipulation qui tente de rendre acceptable le régime de l’apartheid.
Lorsque Vautier réalise ce documentaire, on compte sur les doigts d’une main les films consacrés à l’apartheid. On trouve quelques très rares fictions qui dénoncent (Pleure, ô pays bien-aimé de Zoltan Korda en 1956) ou au contraire soutiennent le régime de l’apartheid, comme The Cape Town Affair de Robert D. Webb en 1967 qui valorise la politique anti-communiste menée par Vorster, lutte que le premier ministre met en avant pour excuser nombre des exactions et des privations de liberté perpétrées dans son pays. Les deux seuls films prenant à bras le corps le sujet sont tournés clandestinement : Dernière tombe à Dimbaza de Nana Mahomo (1972) et Come Back Africa de Lionel Rogosin que nous citions plus haut. On comprend alors l’importance de Frontline, formidable film enquête aussi nécessaire que salutaire face au silence assourdissant qui accompagne la politique de l’apartheid. Un film de montage (beaucoup d’archives sont utilisées), d’entretien et de commentaire critique extrêmement bien construit et mené qui vise d’abord l’efficacité. Il s’agit pour Vautier d’aller contre le silence des mass-média et d’éduquer le spectateur, ce qui ne laisse certes guère de place à un regard singulier ou à une quelconque expression artistique personnelle. Ce qui fait qu’aussi réussi soit-il, Frontline peine à être aujourd’hui autre chose qu’un témoignage historique de premier plan. Et un film qui permet, une fois encore, de mesurer à quel point Vautier était de tous les fronts.

Aussi réalisé(s) par Paul Bernetel, René Vautier

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